films-2016-04-02-09-03-34-demolitionDemolition
Réalisateur(s) : Jean-Marc Vallée
Casting :Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Chris Cooper, Judah Lewis
Genre : Drame
Pays : Américain

Crédits photos : Twentieth Century Fox France


Banquier d’affaires ayant brillamment réussi, Davis a perdu le goût de vivre depuis que sa femme est décédée dans un tragique accident de voiture. Malgré son beau-père qui le pousse à se ressaisir, il sombre de plus en plus. Un jour, il envoie une lettre de réclamation à une société de distributeurs automatiques, puis lui adresse d’autres courriers où il livre des souvenirs personnels. Jusqu’au moment où sa correspondance attire l’attention de Karen, la responsable du service clients. Peu à peu, une relation se noue entre eux. Entre Karen et son fils de 15 ans, Davis se reconstruit, commençant d’abord par faire table rase de sa vie passée …


Chronique

Jean-Marc Vallée, réalisateur de talent, découvert avec l’excellentissime Dallas Buyers Club, ou encore Wild, propose avec Demolition une peinture des sentiments tout à fait déroutante.


En lisant le synopsis, on peut s’attendre à une histoire assez classique du veuf qui déprime suite au tragique décès de sa femme. Ce sont, en réalité, des émotions bien plus complexes, parfois dérangeantes, qui tiraillent le personnage de Davis, brillamment interprété par Jake Gyllenhaal. Ce dernier ne cesse de nous surprendre et de prouver ses qualités d’acteur avec des rôles toujours plus différents et intenses. Car, plus qu’un réel chagrin d’avoir perdu sa compagne, c’est davantage de l’incompréhension face à ses sentiments envers elle, de la culpabilité, et par extension, la recherche de soi qui poussent Davis à littéralement péter un câble.

Le côté « journal intime » par lequel Davis commence à se confier sur ses réactions insolites offre quelques bons moments d’écriture. Naomi Watts et le jeune Judah Lewis sont tout aussi excellents dans leur rôle respectif de mère perdue et esseulée et d’adolescent perspicace en quête d’identité artistique et sexuelle. Le duo formé par Davis et le jeune Chris se révèle intéressant car ils se complètent. Il fonctionne comme un miroir intemporel où tous les secrets cachés finissent par détruire et faire exploser les personnages qui manifestent leur mal être par la danse et des pulsions destructrices comme exutoires de leur maux.

Parfois, le film prend doucement des airs de thriller, et l’on se demande bien où cela va nous mener. On se perd, on se noie, à l’instar du protagoniste. Et peu à peu, on finit par comprendre. C’est le genre de film où l’on ressort un peu désarçonné, à se poser des tas de questions, pour finir par avoir sa propre interprétation. C’est le sujet du film : chaque personne réagit différemment face à un bouleversement et ce qui devrait être la norme n’est peut-être pas le bon chemin à prendre. Parfois, il faut peut-être tout détruire pour mieux se reconstruire, pour réapprendre à aimer quand on a oublié ce que c’était, submergé par l’argent, la recherche de la réussite, les factures, les secrets refoulés…

C’est donc une pléthore de thèmes qui sont abordés : l’amour, la mort, le deuil, l’homosexualité, les relations humaines, et le sens que l’on souhaite donner à sa vie. Une remarque par ailleurs, Demolition va à contre-courant de certains clichés du genre dramatique : aucune histoire d’amour classique cette fois, rien que de la complicité et de l’amitié entre Davis et Karen. Et ce n’est pas pour me déplaire que de casser les codes.

On est enfin frappé par la bande originale du film particulièrement recherchée, un vrai régal auditif pour les amateurs de son pop-rock des années 60 et 70, qui renforce parfaitement les propos. Déroutant, troublant, fascinant, Demolition nous tient en haleine jusqu’au bout et nous offre un dénouement plein de sensibilité.

Note : 4/5