La Forme de l’eau

La Forme de l’eau

 Si la « Forme » est belle // n appartement plongé dans une eau hypnotique, plus fascinant que véritablement inquiétant ? C’est

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Un appartement plongé dans une eau hypnotique, plus fascinant que véritablement inquiétant ? C’est sur ces images d’une grande beauté visuelle que commence Guillermo del Toro. Le réalisateur, expert en effets spéciaux, a cette capacité toujours incroyable de tisser des mondes étranges, poétiques dans leur singularité. Le Labyrinthe du Pan avait dévasté les cœurs à sa sortie. Quand est-il de La Forme de l’eau

Emporté par des acteurs parfaits et charismatiques (Michael Shannon aux premières loges), le film a tout du conte fantastique bien ficelé. Sous une enveloppe aquatique, on baigne dans un univers envoûtant teinté de reflets bleus et verts. Comme à l’accoutumée, Guillermo del Toro façonne des créatures au premier abord dérangeantes qui finissent par séduire, et remettre en cause la notion d’humanité. Dans cette histoire d’amour, il s’attaque notamment à la différence et au handicap, encore vus à notre époque comme des éléments éligibles d’exclusion. Egalement politique, au vu du contexte historique dans lequel il s’inscrit – l’Amérique censée être idéale des années 60 -, il démonte tour à tour cet idéalisme en évoquant la condition des parias de la société, tels que les afro-américains et les homosexuels.

Grand amoureux du Cinéma, le réalisateur n’hésite pas à insérer des hommages évidents à plusieurs courants cinématographiques : du film muet à la comédie musicale, en passant par le polar noir et le fantastique de série B. La Forme de l’eau est sans conteste un film bienveillant, bourré de bonnes intentions et débordant d’un Amour (avec un grand A) sincère.

C’est toutefois sur sa construction scénaristique que le film perd en intensité. Habitué à une originalité débordante, on ne peut qu’être légèrement déçu par le quasi copier-coller des contes de fées traditionnels, ceux édulcorés de Disney, et ce malgré la violence physique de certaines scènes. Comment ne pas voir La Belle et la Bête dans son arc narratif ? Une gentille héroïne, une Bête d’apparence repoussante mais au cœur pur, un méchant très méchant et une happy end attendue, car dévoilée par un détail physique inséré dès les premières minutes du films. Comment ne pas voir encore La Petite sirène ? Une héroïne muette, un corps amphibien, une histoire d’amour où l’on abandonne sa condition pour l’acquérir.

C’est aussi en tirant son inspiration dans le Christianisme que le récit semble si universel. L’homme amphibien a tout du messie rédempteur. Torturé, il incarne la figure du martyr. Il guérit par miracle, protège les faibles et châtie le mal. En somme, si la « forme » est belle, le fond de l’eau est moins profond…

Pour autant, le film est loin, très loin d’être une déception. C’est un petit bijou visuel, aux intentions louables et altruistes, qui enchantera pendant 2h vos yeux ébahis. 

 


Fiche technique

Réalisateur(s) : Guillermo del Toro

Casting : Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, Octavia Spencer, Doug Jones…

Genre :  Fantastique, Drame, Romance
Pays :  Américain

Synopsis

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…