okjaFable enchanteresse et violente

Okja, le dernier long métrage de Joon-Ho Bong, a récemment fait l’objet d’une « polémique » au Festival de Cannes qui n’aurait pas lieu d’être si les jurés s’étaient attardés sur les qualités artistiques du film. D’autant que Joon-Ho Bong n’en est pas à son premier avec à son actif The Host, Mother ou encore Snowpiercer ; et qu’il se paye par ailleurs le luxe d’un casting assez impressionnant.

Okja a cette capacité de transporter le spectateur dans un univers à la fois fantastique, très éloigné de nous, comme un paradis utopique rêveur et enchanteur, avant de devenir un film d’aventure un brin excentrique dans lequel une petite fille tente de sauver son amie super cochon qui pourrait tomber dans la facilité et le déjà-vu ; pour finalement refroidir d’une douche glaçante, en retombant face à une réalité cruelle et ô combien d’actualité.

Okja ou comment se prendre une belle claque bien grinçante. Car sous prétexte d’un film gentillet, c’est un en réalité une œuvre très engagée et déchirante. Tout y passe : la société de consommation de plus en plus goulue et ridicule, l’exploitation et la souffrance animale, le capitalisme, les médias, le pouvoir des images en ceci qu’il manipule sous le trait du show, la soif de vengeance au détriment des intérêts individuels… Pour autant le film est justement dosé. Bien que certaines images choquantes des abattoirs feront suer les yeux des spectateurs les plus tenaces, ce n’est pas non plus un documentaire sur la cause animale. Entre des personnages attachants, des touches d’humour, des péripéties et une fin douce amère, le réalisateur parvient à signer un film parfaitement équilibré, d’une intensité certaine.

Et si l’ensemble est à ce point cohérent, c’est aussi grâce à la performance de son casting tout simplement divin. La jeune Seo-Hyun Ahn est tout d’abord une jolie découverte à qui l’on espère un avenir tout tracé. On cite également la grande Tilda Swinton, toujours aussi impressionnante dans ses personnages excentriques et inquiétants, l’impressionnant Jake Gyllenhaal qui détonne dans le rôle d’un docteur/présentateur complétement cinglé, et un Paul Dano attachant.

En somme, Okja est finalement une fable : elle fait rêver dans un premier temps, mais sa morale violente rappelle à l’ordre : notre société est-elle à ce point perdue que ce qui peut être sauvé se résume à une aiguille dans une botte de foin ? A méditer… En attendant, on aurait quand même envie de faire un gros câlin à un super cochon.


Fiche technique

Réalisateur(s) : Joon-Ho Bong
Casting : Seo-Hyun Ahn, Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal, Paul Dano, Steven Yeun…
Genre : Aventure, SF, Drame
Pays : Sud-Coréen, Américain
Distributeur : Netflix

Synopsis

Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s’est occupée sans relâche d’Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l’animal jusqu’à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l’entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille.

Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu’elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s’emparer du destin d’Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée.