rodin_doc120A_newBB_Cannes.inddIntéressant mais très classique

Depuis quelques temps on voit fleurir à l’écran les portraits de grands artistes. Après Renoir et Mr Turner, on s’attaque à un autre grand monument de l’art, en la personne d’Auguste Rodin, accompagné de la grande passion de sa vie, Camille Claudel.

Jacques Doillon se concentre sur une dizaine d’année qui ont sculpté la réputation de Rodin à travers sa rencontre déterminante avec Camille, et la création controversée de son Balzac.

A travers un voile sombre, la plupart des scènes se déroulent dans l’atelier de l’artiste, avec cette impression d’enfermement constante du personnage, comme écrasé par sa concentration, son travail et son souci du détail. Jacques Doillon ne cherche pas à ériger Rodin sur un piédestal, mais offre au contraire le portrait d’un homme simple, déchiré par son talent incompris et son amour pour les femmes, autour d’une mise en scène pleine de rigueur, modeste et discrète, à l’instar de son effigie.

Vincent Lindon interprète un homme au regard toujours concentré et perçant, l’esprit toujours ailleurs en recherche de perfection. Toutefois, il a trop tendance à marmonner dans sa barbe et l’on doit tendre parfois l’oreille pour comprendre ce qu’il dit. Izaï Higelin est fraiche et passionnante en une Camille Claudel torturée, amoureuse et jalouse des autres femmes et de la notoriété de son amant.

Néanmoins, bien que le film soit intéressant, la sobriété de la mise en scène le rend très classique. Mais il est surtout beaucoup trop long. La seconde partie devient trop allusive, avec des ellipses pas toujours maîtrisées. Par ailleurs, certains acteurs des secondes rôles ont un jeu un peu trop théâtral qui marque une distance avec le spectateur. C’est enfin un petit aspect qui gêne et devient malheureusement risible : cette impression de vouloir montrer Rodin au travail, mais que Vincent Lindon ne sachant pas du tout sculpter, se contente de tripoter inlassablement les sculptures. Des gros plans sur des mains de vrais sculpteurs au travail aurait suffit à rendre crédible certaines scènes. Et l’on finit par s’ennuyer poliment…


Fiche technique

Réalisateur(s) : Jacques Doillon
Casting : Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele…
Genre : Biopic
Pays : France
Production : Wild Bunch Distribution

Synopsis

À Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’Etat : ce sera La Porte de L’Enfer composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme le Baiser et le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d’admiration commune et de complicité. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail avec acharnement. Il fait face et au refus et à l’enthousiasme que la sensualité de sa sculpture provoque et signe avec son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne.