CRITIQUE | Sans un bruit

CRITIQUE | Sans un bruit

Rarement le silence fut aussi pesant au cinéma.

sans un bruit critique Sans un bruit : Quand le silence est roi

Connu pour son rôle dans la série The Office, John Krasinski réalise avec Sans un bruit son second long-métrage (le premier étant une comédie sortie uniquement en VOD). C’est donc une grande première pour l’acteur. Dans ce film de science-fiction d’épouvante, l’humanité a été décimée par des créatures aveugles qui réagissent uniquement au bruit. Une famille survivante s’affère donc à ne produire à aucun moment le moindre petit son. Le film demande ainsi une grande maîtrise puisque l’ensemble repose sur l’absence de bruit, performance que relève avec brio John Krasinski. 

Le tour de force du film repose sur la quasi absence de dialogues. Hormis deux échanges, le long-métrage en est totalement dépourvu. Le silence est donc roi. Car mis à part les sons naturels du vent ou de l’eau, la famille met tout en place pour n’émettre aucun son : marche à pieds nus sur du sable, langage des signes, codes couleurs avec des lampions, etc etc. Le réalisateur fait par ailleurs le choix de « respecter » ce silence en insérant très peu de musiques, permettant de ce fait aux spectateurs de s’imprégner de cette ambiance étouffante.

Le film a par ailleurs cette capacité à mettre les nerfs des spectateurs à rude épreuve, et ce en étant économe sur les apparitions des monstres. En effet, ces derniers sont la plupart du temps absents et leurs interventions extrêmement furtives et rapides. Pour autant, la tension est palpable à chaque instant.

Mais que serait Sans un bruit sans ce quatuor d’acteurs talentueux ? John Krasinski endosse le rôle d’un père au bord du désespoir et accablé de chagrin par la perte d’un de leurs enfants. Emily blunt crève littéralement l’écran en mère attendrissante, courageuse qui parvient pourtant à redonner le sourire aux membres de sa famille. Millicent Simmonds, la jeune actrice sourde que l’on avait déjà vue dans Le Musée des merveilles, propose une adolescente téméraire en conflit avec son père, et dont le handicape aura en quelques sorte permis à sa famille de survivre. Et Noah Jupe, aperçu dans Wonder, est touchant en petit garçon littéralement terrorisé. Le réalisateur parvient ainsi à créer des personnages nuancés, bouleversants avec une vraie personnalité, sans que ceux ci ne parlent. 

Malgré cette atmosphère lugubre et oppressante, le long-métrage offre quelques scènes absolument magiques de beauté, dans lesquels l’amour déborde, comme lorsqu’une maman éreintée écoute les battements de cœur de son bébé au stéthoscope ou lorsque que le couple danse au son de Harvest moon de Neil Young sur un iPod.

Sans un bruit est un film exceptionnel, qui fait mal et met sous pression à chaque instant, en respectant le silence du film dans sa réalisation. 

 Avis aux spectateurs | Afin de vous imprégner au mieux de l’ambiance, évitez chips, pop corn et autres confiseries pour cette séance-ci 

Sans un bruit Couverture du livre Sans un bruit
John Krasinski
John Krasinski, Emily Blunt, Millicent Simmonds, Noah Jupe
Paramount
Thriller, Epouvante-horreur
Américain
Juin 2018

Une famille tente de survivre sous la menace de mystérieuses créatures qui attaquent au moindre bruit. S’ils vous entendent, il est déjà trop tard.