CRITIQUE | Les Heures rouges

Sur les pas de Margaret Atwood, un roman choral et féministe d’une grande beauté

Les Heures rouges |
Un roman féministe alarmant

Avec les séries The Handmaid’s tale et Captive, les romans de Margaret Atwood sont sous le feu des projecteurs, inspirant alors de nombreuses auteures. En début d’année, Le Pouvoir de Naomi Alderman, roman qu’elle promeut, reçoit un très bon accueil. Pour la rentrée littéraire 2018, Ce sont les éditions Presses de la cité qui traduisent un roman américain dans cette lignée féministe pleinement assumée, Les Heures rouges de Leni Zumas. 

Les heures rouges se distingue des œuvres citées plus tôt par un caractère plus réaliste, beaucoup moins dystopique ou apocalyptique. Aux Etats-Unis, le nouveau président élu, qui ressemble à s’y méprendre dans ses opinions à l’actuel Donald Trump, lance un projet de loi autour de la famille : les femmes n’ont plus le droit d’avorter et les adoptions ne peuvent aboutir qu’avec un couple hétérosexuel. A travers le récit de cinq femmes impactées par ce fait, l’auteure dévoile avec justesse et intelligence l’idiotie du conservatisme, sans jamais tomber une seule fois dans l’anarchisme.

les heures rougesOn ne peut que s’attacher immédiatement à ces cinq personnages aux ambitions et envies différentes mais universelles, dans lesquelles chacune d’entre nous peut se retrouver : qui désire un enfant de tout son cœur mais le projet de loi l’empêche, qui est enceinte mais ne le désire pas, qui a des enfants mais voudrait redevenir une femme avant tout… A travers la diversité des choix de vie, Leni Zumas montre la pluralité des quotidiens possibles qui ne peuvent, et ne pourront jamais, se réduire à un unique modèle moulé par la société.

Le titre et la couverture du livre ne sauraient souligner davantage les propos du livre, en faisant directement référence aux menstruations et à la vulve, tout en représentant les violences faites aux femmes. Tic tac l’horloge tourne…il ne reste peut-être que quelques heures à l’échelle de la vie pour agir et réagir.

A l’heure où des personnalités inquiétantes parviennent à être élues, Leni Zumas lève le poing à coups de mots touchants pour combattre racisme, despotisme et domination masculine au profit de la liberté et l’égalité. Roman choral puissant et alarmant, Les Heures rouges brûle par son actualité.

Dossier Rentrée littéraire 2018 (pour s’y retrouver dans la masse)

Les Heures rouges Couverture du livre Les Heures rouges
Leni Zumas
Littérature américaine
Presses de la cité
408

États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère. Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivør, exploratrice islandaise du xixe. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture... Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.