CRITIQUE | Made in Abyss

Dans la lignée des aventures de Jules Verne

Made in abyss Made in abyss :

Jules Verne version manga

Tome 1 & 2

Tsukushi Akihito a eu l’idée de son premier manga de fantasy Made in abyss alors qu’il regardait un grand arbre au musée national de la nature et de la science d’Ueno, dont l’écriteau indiquait « des dizaines de milliers de créatures vivent à l’intérieur de cet arbre ». Un début de l’abysse se dessinait… 

Des aventuriers qui plongent et fouillent les profondeurs de la Terre, des monstres géants qui peuplent le centre, ça ne vous rappelle rien ? Bien évidemment la référence assumée au Voyage au centre de la Terre saute aux yeux. Mais Tsukushi Akihito explore cette thématique avec sa propre patte dense et stylisée, en créant un monde de fantasy intriguant autour de la malédiction de l’abysse. Il construit un milieu avec une hiérarchie sociale cohérente ainsi qu’une faune et flore développées qu’il se plaît à nous décrire entre deux chapitres, tel un carnet de croquis.

 Pourquoi les caverniers qui descendent  profondément ne remontent-ils pas ? […] Les caverniers savent se débarrasser de ces créatures. […] La réponse concerne le chemin du retour […] D’un seul coup ce retour devient impossible. La cause en reste inconnue. Plus on descend et plus la charge devient importante.

Made in abyssIl s’y dégage au premier abord une certaine douceur et naïveté, qui interroge le lecteur sur le classement de Made in abyss en seinen. Mais le mangaka étonne grâce à des ruptures de ton inattendues. Non, l’abysse est cruel, la société un poil despote (la punition est d’être suspendu nu aux yeux des autres) et la découverte de l’attirance sexuelle chez les adolescents y est dépeinte. Direction les enfers,  l’innocence de l’enfance fait peu à peu place à une catabase.

Si de toute évidence la séduisante couverture onirique attire le regard, Tsukushi Akihito surprend par un trait de crayon assez inhabituel et tout simplement superbe. Loin du style très hachuré, il dessine un monde aussi bien merveilleux et mystérieux que menaçant au moyen d’un crayonné doux, camaïeu de gris rappelant le fusain. Les cases qui étaient droites et carrées à la surface de l’intrigue deviennent chaotiques, dessinées à main levée, aux formes plus aléatoires dans l’abysse, apportant un certain déséquilibre qui souligne les dangers des profondeurs et rappelle une fois encore le carnet de croquis d’un aventurier. Le mangaka a peut-être parfois un peu plus de mal à rendre claire et compréhensible les scènes d’action qui semblent moins appropriées à son style.

Made in abyssSi la naïveté enfantine du début peut parfois agacé, Tsukushi Akihito déborde d’idées pour créer un univers onirique et dangereux dont on a hâte de découvrir les nombreux mystères, de comprendre les tenants et aboutissants de sa malédiction et la suite de cette catabase.

Vous pourriez aimer le manga The promised neverland

 

 

 

Made in Abyss Couverture du livre Made in Abyss
Tsukushi Akihito
Fantasy
Ototo
Mai 2018

Au pied de la ville d'Orse s'étend l'Abysse, une faille gigantesque à la profondeur inconnue habitée par d'étranges créatures et emplie d'antiques reliques. Depuis des années, ce gouffre attire de nombreux aventuriers séduits par l'aura de mystère qui l'entoure et qui se font appeler "les caverniers". C'est ici que vit Rico, une jeune orpheline obsédée par l'Abysse et désirant marcher dans les traces de sa mère qui y a disparu. Un jour, en prospectant, Rico découvre le corps inanimé d'un jeune garçon. Elle est alors loin d'imaginer à quel point cette découverte va changer sa vie et accélérer son destin.