AVIS | Isidore et les autres : la voix de l’adolescence

Camille Bordas, française résidant aux Etats-Unis, a initialement écrit Isidore et les autres en anglais avant de le publier en France aux éditions Inculte. Isidore et les autres, c’est la voix d’un adolescent qui tente d’appréhender la vie et de trouver sa place parmi sa famille surdouée, tous incapable de communiquer autrement que par des références culturelles.

Ecrit à la manière d’un journal, on partage les pensées et les aléas du jeune Isidore, un adolescent un peu perdu. Il faut dire, il n’a pas la famille la plus traditionnelle qui soit. Ses cinq frères et sœurs sont tous des surdoués qui passent leur temps à disserter et ne parviennent pas à exprimer leurs émotions. Isidore, bien qu’il soit loin d’être idiot, se sent différent, pas à sa place dans ce cercle familial.

 Ce qui rend la chose mélancolique, c’est pas la nature des choses que tu imagines, mais le fait que quoi que ce soit que tu puisses imaginer quand tu t’extrais du présent sera toujours plus riche et plus intéressant que ce à quoi tu reviendras quand t’auras fini. C’est ça, le côté déprimant. C’est ça qui est au cœur de la mélancolie : la disparité totale entre vie imagée et vie réelle, pas les choses que tu imagines elles-mêmes. Le présent est frustrant car tu ne peux pas agir sur lui au moment où il se produit. Mais une fois que tu as élaboré le souvenir de quelque chose, tu peux te débarrasser des parties les plus insignifiantes et en écrire une meilleure version

critique isidore et les autres photoLa première partie du livre se révèle pleine d’humour. Isidore tente de multiple fugues, toutes aussi ridicules les unes que les autres et qui passent totalement inaperçues. Les échanges étranges avec sa fratrie engendrent des situations cocasses délicieuses. Néanmoins derrière le masque de l’humour se cache nombre de réflexions. D’abord, c’est une histoire sur les problèmes de communication et par conséquent d’incompréhension dans une famille. Mais aussi le récit des drames que tout être humain doit affronter un jour ou l’autre notamment la mort, et la façon dont chaque personne vit son deuil. Camille Bordas aborde par ailleurs un sujet plus tabou, à savoir la dépression chez les jeunes. Avec intelligence, elle explique cette maladie mentale, mal de notre siècle, face auquel on est parfois impuissant.

 Coffin était d’avis qu’un traduction, si elle était bonne, pouvait être meilleure que l’original. Il disait que dans l’original, il y avait la vérité que visait le poème sans pouvoir jamais l’atteindre complètement, alors qu’une bonne traduction allait droit à cette vérité, à l’essence même de l’oeuvre, et pouvait développer son potentiel en la débarrassant de la première couche empirique […] dont l’auteur n’avait pas réussi à complètement se défaire

Mais Isidore et les autres, c’est également une fine analyse de la notion d’intelligence : est-ce Isidore qui souffre d’être normal ou ses frères et sœurs qui doivent supporter le poids d’un haut potentiel dans une société où ils sont une minorité ? Une analyse encore de la notion de bonté. Isidore est un garçon altruiste, qui au fur et à mesure, se voit contraint de devenir un peu plus égoïste pour son propre bien.

L’autrice affirme ici un talent indéniable pour l’écriture et frappe par la maturité et les thèmes abordés. Roman d’initiation, rite de passage à l’âge adulte, solitude, c’est tout autant de concepts qui font du texte un livre riche et attendrissant. C’est sûr, vous allez adorer vous plonger dans la tête d’Isidore.

Isidore et les autres Couverture du livre Isidore et les autres
Camille Bordas
Inculte
22 août 2018
413

Difficile à onze ans de trouver sa place dans une famille de surdoués, surtout lorsqu'on se contente d'être "normal". Entouré de cinq frères et soeurs qui dissertent à table des mérites comparés de Deleuze et Aristote, Isidore recherche d'abord l'affection de son meilleur ami, monument de douceur : son canapé. Dans sa famille, seul Isidore est capable d'exprimer des émotions, de poser les questions que les autres n'osent pas formuler. Et lorsqu'un drame survient, il est le seul capable d'écouter et réconforter son prochain. A moins que, épris d'ailleurs, il ne réussisse enfin une énième fugue qui lui ouvrirait un monde de liberté et de légèreté. Dans "Comment se comporter dans la foule", écrit initialement en anglais par l'auteure, Camille Bordas brosse avec humour le portrait sensible d'un jeune garçon qui s'affranchit de son enfance sous le regard d'adultes encore plus désorientés que lui. Une fresque familiale tendre et émouvante, un portrait d'adolescent plein de finesse, une voix littéraire qui s'affirme plus que jamais.