la-route-couvertureUn poème en prose, un oxymore lumineusement sombre

Voilà un roman écrit par un des plus grands auteurs de la littérature américaine, ayant reçu le non moins prestigieux Prix Pulitzer et fait l’objet d’une adaptation cinématographique réalisé par John Hillcoat avec le grand Viggo Mortensen dans le rôle titre. C’est dire s’il pèse lourd. Un roman culte donc qu’il me fallait lire urgemment.

Ce qui frappe en premier lieu c’est la construction même du roman, ou plutôt sa déconstruction puisque ici point de chapitre, de tiret cadratin pour les dialogues ou de récit vraiment linéaire. A l’instar d’un monde qui s’est effondré, la forme même du récit s’écroule, laissant place à une succession de paragraphes et de pensées. Les dialogues, pourtant présents et particulièrement importants bien que les personnages ne s’expriment que par des brefs échanges, ne sont plus dotés des codes typographiques ; la société ayant disparu, ces normes deviennent alors superflues. Et par delà l’absence de société, c’est également l’absence de foi, la disparition de Dieu qui imprègne ce roman par cette déconstruction du récit. Car c’est par le verbe que Dieu crée le monde. Si le monde disparaît, la parole se vide de sens, d’autant que les mots échangés se font entre un père et son fils dépossédés de nom, qui pourraient être tout un chacun, et parce qu’avoir un nom en dehors de la société n’a également plus de sens. Entre un Père et son Fils…

Tout cela comme une antique bénédiction. Ainsi soit-il. Évoque les formes. Quand tu n’as rien d’autre construis des cérémonies à partir de rien et anime-les de ton souffle.

Et pourtant le récit brille d’espoir. A travers l’image du feu, le feu qui a construit l’humanité dans sa genèse, devient ici le symbole de l’amour, l’amour filial certes mais avant tout l’amour universel. Un symbole également dans l’espérance qu’il reste encore dans ce monde des « gentils », ceux qui n’ont pas sombré dans la bestialité du cannibalisme. On pourrait approfondir d’ailleurs ce que signifie le cannibalisme dans ce texte. Ces hommes qui n’ont plus d’humanité, qui ont perdu foi et les mots qui passent par la bouche, utilisent à présent cette bouche pour manger ses semblables. Mais je m’égare encore dans la phase sombre de roman, qui pourtant ne laisse pas son lecteur en désespoir. Les mots imprégnés de métaphores poignantes, philosophiques et symboliques insufflent au récit une poésie d’une puissance rare. Et au travers des yeux de cet enfant de Dieu, c’est en miroir la résurrection d’un monde qui nous est dépeint.

Il n’y a pas de Dieu et nous sommes ses prophètes.

La Route, plus qu’un roman post-apocalyptique, c’est un roman de l’Apocalypse, celui de la Bible (littéralement « choses révélées au hommes », « révélation »). Non une marche pour la survie, mais un pèlerinage vers la renaissance de l’humanité.


Fiche technique

Auteur : Cormac McCarthy
Genre : Post-apocalyptique
ISBN : 2879295912
Édition : Éditions de l’Olivier (2008)
♛ Pulitzer ● Fiction ● 2007

Résumé
L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. On ne sait rien des causes de ce cataclysme. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie.