Sorcières de Mona Chollet : la femme contemporaine est encore maléfique

Sorcières de Mona Chollet : la femme contemporaine est encore maléfique

La femme est-elle libre de ses choix et de son corps au XXIe siècle ? Non

Qui sont les sorcières ? Pendant longtemps fruit d’angoisse et de terreur, elles sont aujourd’hui pléthore en littérature, au cinéma et dans les légendes. Malheureusement, l’image de la sorcière traîne derrière elle un lourd passif : celui de milliers de femmes tuées injustement sur les on-dit des jaloux et haineux. Aujourd’hui, la femme est encore maléfique. Sous couvert de liberté, elles disposent en réalité de peu de choix, influencées par une société patriarcale.

  • Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet, La découverte

Mona Chollet, journaliste au Monde diplomatique, dresse ici le portrait de la femme contemporaine. Elle débute Sorcières : La puissance invaincue des femmes, par une introduction sous forme de rappel historique des tueries du Moyen Âge envers les femmes accusées de sorcellerie. Elle amène ainsi à penser que les femmes d’aujourd’hui souffrent toujours de ce passé. Dans une première partie, elle dépeint le portrait de la femme sans enfants, toujours critiquée par ce choix, jugée égoïste et sans cœur, quelque part aussi malfaisante qu’une sorcière.

Les femmes sont libres d’avoir des enfants ou pas… à condition de choisir d’en avoir. Celles qui n’en souhaitent pas sont parfois assimilées à des créatures sans cœur obscurément mauvaises, malveillantes à l’égard des autres. 

Elle aborde ensuite le portrait de la veille femme. Les hommes vieillissant sont beaux, les rides leur siéent et le poivre et sel est séduisant. La femme vieillissante souffre, de par les médias et la mode, d’une image triste. Les rides doivent être effacées et, si par malheur le blanc des cheveux apparaît de sous les colorations, elle se néglige. Quelque part aussi sauvage qu’une sorcière. Mona Chollet termine son plaidoyer par une vue affligeante du monde médical, qu’il s’agisse des médecins femmes dévalorisées par les confrères masculins, ou des patientes mal traitées. Quelque part aussi dérangeante qu’une sorcière.

Mona Chollet s’appuie sur de nombreuses références, faits historiques et scientifiques pour étayer ses propos et approfondir sa pensée. Passionnant et bien écrit, Sorcières invite à la réflexion et à revoir notre vision du monde et de la société actuelle.

  • Selon mon expérience et celle de mon entourage, qu’est-ce qu’être une femme aujourd’hui ?

Une femme, c’est devoir affronter tous les jours le harcèlement de rue, allant du « simple » regard dévoreur aux apostrophes insultantes ;

Une femme, c’est se faire toucher des centaines de fois si l’on décide de sortir en boîte pour danser ;

Une femme, c’est être jugée sans cœur quand on ne veut pas d’enfants ;

Une femme, c’est être rabaissée par la langue française à travers les mots qui n’ont pas d’équivalent masculin et qui témoignent d’un mépris (couguar, salope), les insultes (fils de pute) qui visent non pas la personne mais sa génitrice, les insultes hérités du corps féminin (con/connard/asse = vulve ; hystérie = utérus ; putain). Cette même langue française dont les règles d’orthographe ont été modifiées par les hommes au temps des Lumières afin de poser leur supériorité, ainsi le masculin l’emporte depuis deux siècle seulement ;

Une femme, c’est devoir subir dans les transports en commun le manspreading, ce comportement masculin d’écarter les jambes afin de mettre en valeur sa virilité et prendre ainsi plus de place que nécessaire ;

Une femme, c’est encore dans certaines entreprises être payée moins à poste égal ;

Une femme, c’est être encouragée systématiquement dès l’enfance à aller vers des filières qui reproduisent les tâches ménagères auxquelles elles étaient allouées (femmes de ménage, infirmière, …) et se voir réserver les filières de prestige aux hommes, ou subir au quotidien le fait d’être rabaissée dans certains domaines (restauration, médecine,…)

Une femme, c’est être en grande majorité rabaissée dans le milieu du porn, en mettant systématiquement en valeur le plaisir masculin, encourageant ainsi cette sexualité au quotidien, voire être victime de violence sur les plateaux de tournage ;

Une femme, c’est être mitraillée au quotidien par les médias de l’image unique d’un corps féminin idéalisé, faisant de ce fait souffrir la plupart d’entre elles devant le reflet du miroir ;

Une femme, c’est payé des taxes (et payé tout court) sur des produits d’hygiènes qu’elles sont obligées d’acheter en période de règles ;

Une femme, c’est avoir des séances pénibles chez le gynécologue et ne pas être écoutée dans nos choix alors que la pilule n’est pas la seule contraception ;

Je parle ici seulement de mon point de vue et de mes expériences ou celle de mon entourage, je n’entame même pas le sujet concernant les femmes dans des pays étrangers où les droits sont moindre.

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Sorcières Couverture du livre Sorcières
Mona CHOLLET
Sciences humaines
Zones, La Découverte
September 13, 2018
232

Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d'aujourd'hui de figure d'une puissance positive, affranchie de toutes les dominations. Qu'elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure. La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l'Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ? Ce livre en explore trois et examine ce qu'il en reste aujourd'hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante –; puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant –; puisque l'époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d'horreur. Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s'est développé alors tant à l'égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.